CYCLONE IRMA 06/9/17 aux Antilles – Une tragédie climatique « En Marche » vers un scandale d’état : Quels défis pour demain ?

Article rédigé pour tous les sinistrés et leurs familles, en hommage aux victimes décédées. Des Antilles aux continents avec une pensée particulière pour l’île de saint Martin. 

Pour consulter leurs témoignages sur la réalité des premiers secours : Veuillez cliquer ici


Moment cruellement historique.

Un cyclone sans précédent a frappé les Antilles la semaine dernière (6 septembre 2017) : Saint Martin, Barbuda, Saint Barthélémy, les îles vierges… ont été touchées par ce phénomène de grande envergure.

La Guadeloupe, la Martinique… Par le miracle des caprices du ciel, épargnées.

  • Irma, ouragan majeur de force 5, vient de battre un triste record jamais inégalé dans la région, après, notamment, Harvey (2017), Luis (1995) de catégorie 4 :

Irma – Ce monstre météorologique a généré des vents à 295 km /h pendant 33 heures, avec des rafales qui ont atteint 360 km/h, et il a provoqué des vagues de 10 à 12 mètres de haut. (sudouest.fr)

Même face à Hugo (1989) pourtant de catégorie 5 :

Hugo – « Il y avait des vents en moyenne à 230 km/h avec des pointes à 300. La seule différence notable avec l’ouragan Irma était qu’Hugo était un cyclone sec, c’est-à-dire sans les pluies diluviennes qu’il y a eu ce mercredi 6 septembre à Saint-Martin et Saint-Barthélemy, qui sont un facteur aggravant »

Irma laisse derrière elle un décor apocalyptique, désolant et la détresse des sinistrés :

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Suite (…)

  • Hugo, déjà, en son temps avait été estampillé comme l’ouragan du siècle : un traumatisme vivant dans la mémoire collective, individuelle.  Encore aujourd’hui.

J’ai vécu le cyclone Hugo et je ne vous cacherai pas l’émotion qui est la mienne depuis plusieurs jours, les nuits sont courtes et mon cœur est dans les îles.

Je n’oublierai jamais après Hugo, lorsque nous sommes sortis dehors, le choc de ce paysage déchiqueté, désincarné, désarticulé, nu. Un paysage d’explosion nucléaire sans âme avec ses habitants aux yeux hagards. Nous n’étions pas préparés à l’impensable.

 A cette minute, vous voilà bien petit devant la force de la nature qui a dicté sa loi. Face à cette puissance, un sentiment d’insécurité vous saisit, de la finitude de la vie. Vous savez que des personnes sont mortes, disparues. Ce sont elles mais aussi vous.

Très vite, la survie, les inquiétudes : boire, manger, se laver, protéger ses proches, son habitat, se soigner,  se laver, retrouver un toit …

Vivre quoi.

Vos sens et vos émotions explosent. Tant à intégrer, accepter, digérer, supporter, prévoir en une seule fois : les peurs vécues, les pertes de toutes une vie, les urgences vitales. Un présent effacé, un avenir englouti.


D’autant plus violent, si les autorités ne prennent pas la mesure des actions à déclencher pour porter assistance et protection aux populations.

Des traumatismes évitables se rajoutent au traumatisme imposé.

Nous y reviendrons dans quelques lignes, tandis que la polémique sur la réactivité de l’état et du président gagne le pays avec la fuite de la préfète . 

St Martin, sans oublier un instant les autres territoires est une poignante synthèse des défis que la planète aura à relever mais aussi notre gouvernement. Très vite.

Voici pourquoi :

 


  • Le défi de la reconstruction. 95% de l’île est détruite dont 60% des habitations. Une végétation envolée, un écosystème dévasté. Une économie en danger.

Combien de temps pour retrouver ce paysage de carte postale ?

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Paysage affiné au fil des années et de l’histoire. St Martin a perdu son âme. Bien des habitants pensent aujourd’hui partir…

Qui peut mieux insuffler à l’île son esprit et la faire revivre que ses habitants ? Peut-on raisonnablement les retenir quand on sait que cette catastrophe peut se reproduire avec une intensité de plus en plus importante ?

Pour certains le traumatisme est si grand. On efface le tableau noir pour réécrire sa vie, loin, très loin. Oui, comment penser l’avenir dans une nature incertaine et destructrice ?

Quel contraste avec cet écrin de paradis… Des caribéens sont déjà attristés de certains départs définitifs, pour certains : il faut aimer les territoires d’outre-mer : leur part de magie mais aussi d’enfer.

Les réfugiés climatiques, loin d’être une vue de l’esprit. Ils n’ont plus de chez soi, que celui qu’ils laisseront derrière eux. Pensez-vous que nos chères Antilles y échapperont ? Je suis alarmiste ? L’avenir le dira. L’homme a souvent une propension à attendre pour croire et réparer… Bien après.

Qu’allons nous prévoir comme régime sociétal pour permettre à ces hommes, femmes de reprendre le cours d’une vie, injustement ébranlée ? Gouverner c’est anticiper.

Car tenons nous le pour dit. Le réchauffement climatique, fruit de l’activité humaine est à la manœuvre : les phénomènes sans réaction planétaire ne seront pas plus nombreux mais bien plus intenses dans cette région tropicale, propice chaque année à la danse des cyclones. Sur plusieurs mois…

Pronostiquer un ouragan plus terrible qu’Irma est de l’ordre de la probabilité certaine.

Dans ce contexte, la France peut-elle persister à gérer le risque cyclonique avec retard ? Il est curieux que beaucoup d’habitation se soient écroulées comme des châteaux de carte, des toits nombreux se sont arrachés. Une sinistrée cyniquement s’est exclamée : « quand je pense qu’on nous a interdit de mettre des dalles en béton ? » avec un rictus. Ma curiosité a été piquée que voulait-elle dire ?

Macron a reconnu sur place, le 12 septembre 2017, le retard gouvernemental pris en termes d’urbanisme, que les régions et habitants les moins riches sont les premiers victimes du climat. En effet :

 


  • Le défi du développement durable

Allons-nous continuer à construire avec des normes environnementales inadaptées ou mal contrôlées, les mêmes matériaux ? Ecoles, Maisons, Préfecture, Hôpitaux… N’ont pas tenu. Le développement durable prend ici tout son sens ainsi que l’engagement de l’état dans les régions d’outre-mer.

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Le développement durable

Selon la définition donnée dans le rapport de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement de l’organisation des nations unies dit rapport Brundtland où cette expression est apparue pour la première fois en 1987, le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins.

Outre les aspects humains, économiques (destruction des emplois, tourisme sinistré…), le développement durable inclut le problème d’équité : les pauvres subissent le plus la crise écologique et climatique. Nous sommes au cœur du sujet.

St Martin qui démontre les tensions et inégalités sociales a réveillé le sentiment, selon son origine, sa couleur, son porte-monnaie, l’éloignement de la France d’être traité différemment. La mauvaise gestion du gouvernement dans les premiers secours laissera des traces… Dans la mémoire sociale, collective.

Réalité de cette gestion défaillante ? La commission d’enquête qui va avoir lieu sur la gestion de la crise Irma, nous le dira, en attendant des témoignages sur le sujet posent question et illustrent ces sentiments (Cliquer ici).

 


  • Le défi de la préparation à l’événement et la gestion de la phase post-cyclone : l’assistance aux populations.

Tant à dire.

Pour commencer, des décennies que la France est informée du risque climatique aux Antilles.

Existe-t-il un programme de sensibilisation et de préparation mentale aux catastrophes majeures ? Des procédures regroupées dans un livret, simple d’accès, également pour mals voyants et les personnes ne sachant pas lire. En différentes langues, patois locaux ?

Les précédents cyclones – et la liste est longue – en plus de 30 ans ont-ils déclenché la construction d’une structure par île, particulièrement renforcée, anti-cyclonique pouvant abriter quelques jours avant, en urgence avec sécurité : vivres, unités de protection (sécurité civile, militaires, GIGN, GIPN, médecin…).

Alors sans doute pas les mêmes unités à la fois, mais selon l’île, le contexte social, sécuritaire, au gouvernement de trouver le bon dosage. Car St Martin avait déjà un terrain fragile, l’explosion de violence était prévisible. Et certains pillages, eux, alimentaires, logiques sans anticipation. Oui, cher(e), lecteur, lectrice, les vivres ont tardé à arriver. 4 jours ont passé, des habitants n’avaient ni eau, ni de quoi manger.

Les infrastructures clés (hôpital, caserne de pompier…) sont-ils pensés pour faire face à des cyclone de force 5/6 ? En cas de désastre, l’hexagone est loin, quels moyens donne-t-on pour permette en auto-suffisance de faire face à l’urgence à des territoires insulaires ?

Pourquoi, des personnes n’ont pas été évacuées en urgence ? les personnes fragiles ? Avant le cyclone. Pourquoi, comme chez les néerlandais, vivres et forces n’ont pas été positionnées au large ? (cf. Article du courrier international : Ici)

La France est la sixième puissance du monde… Il me semble.

    • Le CREFORM a mis en cause la responsabilité de l’état (consulter  » Chaos sécuritaire à Saint-Martin: la responsabilité du gouvernement engagée »: Ici)
    • Victorin Lurel, ancien ministre des outre-mer, qui a connu Hugo sur twitter a déclaré dimanche :

     

    Puis très vite, moins de réserve : «  Ouragan Irma : « Il y a une communication absente, une béance, un déficit considérable » – Consulter le détail ici

    Et le lundi 11 matin sur LCI : « la gestion de l’état a été mauvaise ».

    Il reconnaîtra plus tard que l’état a entendu la colère des habitants…

    Mais temps perdu en pareilles circonstances ne se rattrape jamais. Les populations marquées n’oublieront pas et les français témoins, non plus. Nous avons partagé leur désespoir.

     

A quand une préparation psychologique et d’urgence des habitants ? Une approche dans la proximité régionale de l’organisation des premiers secours ? (pré-positionnement des vivres, forces en Guyane par exemple, et des autres secours à proximité avec les idées précédentes).

A quand l’application d’un principe de précaution en mobilisant les moyens dès lors qu’un cyclone de force 3 est formé avec une forte probabilité de toucher une île des Antilles françaises.

Et la coopération européenne, si chère à Macron ? Deux états de l’union sur une même île : aucune concertation, coordination. Sur une toute petite île prédit à un destin funeste.

 

Une Antillaise a interpellé Macron à Toulouse le 11 septembre 2017 : « nous ne sommes pas des habitants de seconde zone, nous ne sommes pas qu’une terre de vacances ».

Quand la France prendra-t-elle comme les USA, le canada, les pays-bas… La mesure du risque climatique et de ce qu’il implique ?

J’attends la réponse.

3 Replies to “CYCLONE IRMA 06/9/17 aux Antilles – Une tragédie climatique « En Marche » vers un scandale d’état : Quels défis pour demain ?”

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